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Le premier camp : 1953

Le premier camp Maxime Réal del Sarte, en 1953, se proposait de mettre au service de la propagande d'AF les leçons de la sociologie et d'orienter notre action selon les nouvelles techniques de conquête du pouvoir. A ces objectifs politiques s'ajoutait un but circonstanciel : réunir les sections étudiantes jusqu'alors isolées les unes des autres en un mouvement national susceptible de mener une action offensive dans le syndicalisme étudiant : en poursuivant une conquête du milieu qui venait d'être amorcée par la victoire de Jean-Marc Varaut à la tête de Propédeutique-Sorbonne qui élargissait le poids de la Corpo de droit déjà tenue par les nationalistes. Le but était d'éliminer de l'UNEF les communistes et de les remplacer par une majorité nationaliste. Résultat atteint à Pâques 1954 : la délégation d'étudiants soviétiques était accueillie en Normandie par une délégation française comprenant le secrétaire général des étudiants d'AF ; et Jacques Balland, président de l'U.N.E.F. prononçait un discours nationaliste. Nous prenions localement le pouvoir

Ainsi était mise en oeuvre la politique réaliste définie par Pierre Boutang au camp : « Trop de mépris pour les syndicats étudiants. Leurs revendications sont souvent justifiées : la république a miné la France et les étudiants en particulier. Entrez dans les préoccupations pratiques des étudiants tout en faisant de la politique. Il faut inventer notre façon d'être d'A.F. »

Nous n'abandonnions certes pas pour autant la stratégie directement politique résumée par un slogan : « l'Empire français contre l'Europe ». Nous allions, dans la foulée de ce premier camp, appuyer en août 1953, l'opération opposant, au Maroc, le Glaoui de Marrakech au sultan Mohamed V.

De même nous étions de ceux qui jusqu'au bout pensaient que la France devait et pouvait garder l'Indochine à l'autre bout du monde, ce que Vichy avait réussi de 40 à 44 malgré la défaite de la France en Europe. Et ce sera, au camp suivant en 1954 , le thème de l'agitation, -joignant l'action et la réflexion- dans la région où se tenait le 2ème Camp, en Provence, pour dénoncer les accords de Genève par lesquels Mendès s'empressait de livrer l'Indochine aux communistes. Hélas notre absence du pouvoir ne nous permettait pas d'éviter ce désastre. Mais les analyses faites au camp et les nouvelles formes données à notre action allaient nous permettre pendant l'année 1953-1954 d'être le fer de lance de l'action contre la « Communauté Européenne de Défense » (C.E.D). En animant les réactions des parlementaires nationalistes et des généraux qui avaient conduit l'armée française à la victoire en 1945. Le gouvernement devra renoncer à son projet. Cinquante ans après, l'armée européenne n'a toujours pas vu le jour.

Nicolas Kayanakis,
secrétaire général des étudiants d'AF de 1951 à 1954